Aussi loin que je remonte dans ma mémoire, j’ai toujours été fasciné par les poissons et par la pêche. C’est comme ça, je n’y peux rien !
Au début des années 1950, on allait en famille passer un mois de vacances à La Chapelle d’Abondance, pas très loin de Thonon-les-Bains.
Mes parents louaient un petit chalet savoyard en bois, en plein village.
La ferme des propriétaires du chalet se tenait de l’autre côté de la rue.
Il suffisait de traverser pour entrer dans l’étable et pour regarder traire les vaches à la main comme ça se faisait encore couramment à l’époque (j’avais six ans). Tout en bas du village coulait la « Dranse ».
J’ai appris par la suite grâce aux « revues de pêche » que cet affluent du Lac Léman a toujours été renommé pour héberger beaucoup de magnifiques truites qui figurent dans tous les « tableaux d’honneurs » des plus beaux spécimens de ces poissons. On ne sait pas à quoi c’est du mais c’est un fait avéré !
Le petit chalet juste à côté du notre était également loué par des vacanciers. Ils passaient sous notre balcon lors de leurs allers et venues. Il s’agissait d’un couple avec deux jeunes enfants. Il leur arrivait d’aller et venir avec une canne à pêche en bambou équipée d’un beau moulinet. Cette canne, elle me fascinait !
Entre les parents, on commence par se saluer puis on échange quelques propos. Bien entendu, il est vite question de pêche. Le voisin explique que la pêche, c’est pas difficile du tout. Il leur est bien rare de revenir sans leurs deux ou trois truites. J’écoute subjugué mais sans dire un mot. Par bonheur mes parents indiquent que je meurs d’envie de les voir en action de pêche. Je suis illico invité à les accompagner au bord de l’eau pour l’après-midi même.
Vers dix sept heures, on me fait signe et on s’en va tous les cinq avec la canne à pêche. Il nous faut parcourir deux bons kilomètres pour arriver jusqu’à la « Dranse ». Ca nous prend une grosse demi-heure. Le voisin nous fait signe de nous tenir en retrait. Il va lancer sa cuiller.
Ce qu’il fait sans trainer. Deux secondes plus tard, il pousse un grand cri : « on a oublié la manivelle du moulinet ! » Il lui a fallu rembobiner le fil « à la main », comme il pouvait.
J’espérais qu’on allait retourner au chalet pour ramener la manivelle.
Hélas, l’option retenue a consisté à poursuivre la promenade pendant une bonne heure puis à rentrer au chalet trop tard pour pouvoir repartir. Je reportais tous mes espoirs sur les jours suivants : une telle malchance ne pouvait pas se reproduire. Malheureusement, les vacances de nos voisins étaient terminées. Ils étaient repartis chez eux le lendemain !
Soixante ans plus tard, ma déception est toujours aussi vive. « Mon envie de pêche », ne m’a jamais quitté : elle en a été exacerbée.



