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LES « CANNES SAUTEUSES » DANS L’HERAULT

L’Hérault, quand il arrive au bout de son parcours à Agde, a été barré par un seuil déversoir dans le but d’alimenter un canal de dérivation qui a dû être pourvu d’une roue hydraulique destinée à fournir l’énergie nécessaire à l’activité (sans doute textile) d’un bâtiment industriel construit sur la berge attenante.
Le cours de ce fleuve côtier s’en est trouvé surélevé de plusieurs mètres. Il en est résulté un magnifique plan d’eau large et profond qui remonte jusqu’à Bessan, un village où il fait certainement bon vivre, situé à près de 10 km en amont d’Agde.
L’ancienne usine désaffectée a été rénovée en résidence de luxe.
Le lac artificiel ainsi créé pour permettre une activité industrielle à Agde est toujours là : il fait maintenant partie du contexte local « naturel » !
C’est un véritable « vivier » inépuisable contenant toutes les sortes de poissons qui a ainsi vu le jour !
Pour les pêcheurs, la tâche est compliquée : sur des kilomètres, les deux rives ont été envahies par toutes sortes de variétés d’arbres, d’arbustes et de buissons. Les postes de pêche ne sont plus entretenus. Ils disparaissent l’un après l’autre.
Pour mon bonheur, il subsistait un ponton très avancé sur l’eau, se prêtant à des lancers vigoureux avec mes cannes à feeder.
A une cinquantaine de mètres en aval sur la même rive, le Canal du Midi s’était « greffé » en direction de Sète. De nombreux bateaux de plaisance, plus ou   moins gros, s’y succédaient toute la journée sans discontinuer.
Plusieurs années de suite, j’ai eu la chance de pouvoir m’installer chaque jour pendant près d’un mois avec mon matériel de pêche au feeder. Pour cela, il me fallait me lever « tôt matin » pour être le premier sur le ponton. Peu importait, je débarquais avant le jour pour bénéficier de ce privilège.
Cette rive gauche de l’Hérault avait été promue au statut de « carpodrome ». C’est dire si elle était propice à s’affronter à des « mémères » toutes plus combattives et rusées les unes que les autres !
Le ponton était plutôt long mais pas très large. Il y avait la place pour installer, sans plus, 2 cannes à feeder parallèles destinées à des lancers, l’une plutôt vers la gauche, l’autre vers la droite du ponton.
Après avoir lancé le feeder puis tendu la ligne, je posais chaque canne à l’horizontale sur diverses boites avant d’ajuster la tension du fil et la maintenir en bloquant la rotation du moulinet.
Une fois les 2 cannes installées en action de pêche, je m’asseyais sur mon siège pliable tout juste entre les 2 moulinets pour être en mesure de saisir sans trainer la canne concernée en cas de touche, même instantanée.
La suite était une attente pleine d’émotion, entre les « microtouchettes », les « touchettes » et les vraies touches qui méritent un ferrage « scientifique » !
J’ai même eu la chance de pouvoir pratiquer cette pêche pendant plus de 15 années successives toujours à raison d’un mois entier chaque année.
Les carpes m’ont joué tous les tours possibles qu’elles possèdent dans leurs sacs.
Elles m’ont « roulé dans la farine » aussi longtemps que j’ai équipé mes moulinets avec du fil nylon : j’ai été la victime d’un nombre de « casses » invraisemblable. J’ai acquis la conviction que la plupart de ces avatars étaient dus à des coupures par leur arrête dorsale coupante comme une lame de rasoir.
Tout a changé le jour où je suis passé à l’usage d’une tresse achetée un peu par hasard sans me douter que c’était la solution à mes défaites cuisantes : je n’ai plus jamais « essuyé de casse » avec la tresse !
J’ai ainsi pu prendre ma revanche sur les carpes au point de devenir leur « ennemi public numéro 1 » : mes carnets de pêche mentionnent la capture d’une bonne vingtaine de ces combattantes superbes ayant un poids supérieur à 5 kilos.
A travers toutes ces années, j’ai aussi pu observer une autre évolution étonnante : bien sûr, chaque année, je ramenais des carpes petites ou grosses mais une majorité avait quasiment le même poids, comme s’il s’agissait de « sœurs de la même portée » !
Bien entendu, ce poids moyen de la même « tranche d’âge » a augmenté régulièrement d’un « petit kilo », d’une année sur l’autre.
J’avais lu que la reproduction des carpes était irrégulière, qu’il fallait réunir plusieurs conditions improbables pour qu’elle réussisse : j’en ai déduit que j’avais devant moi les carpeaux nés à l’occasion d’une année faste. C’était le « carpy boom » d’une année exceptionnelle !
Toujours est-il que chaque année, les carpeaux ramenés au ponton étaient plus gros de près d’un kilo par rapport à l’année précédente.
C’est comme cela que j’ai eu mon premier « départ de carpe » sans même a  voir eu le temps d’attraper au vol la canne correspondante : elle est « partie à l’horizontale » sans crier gare puis est tombée à l’eau.
Par chance, les manches de mes cannes à feeder étaient en liège. Elles flottaient à la surface de l’eau. J’en avait acheté 3 exemplaires sans penser au scénario qui venait de se dérouler. Pour une fois, la chance était avec moi.
D’un bond, j’ai réussi à rattraper ma canne avant qu’elle soit hors de ma portée. La carpe ramenée « faisait » ses 3 kilos !
Je me suis dit que cet épisode semi-comique ne se reproduirait pas de sitôt.
Seulement voilà : la même scène s’est déroulée quelques jours plus tard !
Ce jour-là, mon neveu Cédric se trouvait à mon côté : il a eu la présence d’esprit de récupérer ma canne avec l’autre canne lancée tout juste à temps pour « repêcher » la canne en fuite.
Vous avez deviné que la carpe concernée pesait 3 kilos !
Etant d’un naturel plutôt « obstiné », voire têtu, peu enclin à changer mes habitudes, j’ai conservé ma méthode de pêche telle quelle.
Ce manque de souplesse m’a valu un nouvel épisode tragi-comique quelques jours plus tard.
C’était un dimanche matin radieux à souhait.
Avant de m’installer sur mon ponton, je suis allé prendre les nouvelles du jour auprès de 2 carpistes Belges en action à proximité depuis plusieurs jours.
Ils étaient en train de ranger leur matériel : « pas une touche depuis 2 jours. On plie le bateau et on s’en va » !
Un quart d’heure plus tard, une de mes 2 cannes partait « à l’horizontale » sans prévenir. Avant même que j’ai pu me lever de mon siège, elle s’éloignait à bonne allure vers le large, en remontant l’Hérault sur ma droite.
J’en suis resté « comme 2 ronds de flan » ! Je l’ai suivie des yeux tandis qu’elle s’éloignait jusqu’à ce qu’elle disparaisse cachée par les arbres et leurs branches débordant sur la rive !
Je me suis repris. J’ai couru demander de l’aide à mes 2 « Belges bredouillards ». Leur réponse m’a pris au dépourvu : « on vient de ranger la barque. On ne peut plus la remettre à l’eau ».
Complètement décontenancé, je n’ai pas insisté.
J’étais sur le point de me résigner à la perte de ma canne lorsque j’ai entrevu une possibilité : j’ai détalé jusqu’à l’entrée du Canal du Midi à une centaine de mètres. J’ai attendu l’arrivée d’un yacht.
Ca n’a pas trainé : il s’en est présenté un au bout de quelques minutes. Il y avait 5 ou 6 personnes à bord. Je les ai interpellées. Par bonheur, ils ont fait le détour jusqu’à moi. Je leur ai expliqué mon affaire.
Ils ont fait demi-tour puis ils ont commencé à remonter l’Hérault.
De mon côté, j’ai rejoint mon ponton sans trainer.
Je les ai vus passer devant moi puis partir à la recherche de ma canne. Une ou deux minutes plus tard, j’ai entendu une exclamation : «  elle est là, passe-moi l’épuisette » !
De loin, j’ai vu l’un d’entre eux remonter la canne puis commencer à mouliner pour récupérer du fil. Il s’en est suivi une deuxième exclamation : « il est encore au bout, je le ramène » !
Passagers et passagères sont alors venus au ras du ponton tout en s’esclaffant.
Une des matelotes m’a déclaré : « on vous rend la canne mais on garde le poisson, à moins que vous nous offriez l’apéritif » !
J’ai répondu : « pour le poisson, pas de problème, vous l’avez bien mérité. Je vous aurais volontiers servi l’apéritif en complément mais je ne vais pas à la pêche avec les verres et les bouteilles dans ce but ».
Ils ont pris des photos, m’ont rendu la carpe et la canne puis ils se sont éloignés de fort belle humeur accompagnés de mes remerciements chaleureux.
La carpe en question pesait 3 kilos, comme il se devait cette année-là !
Moralité : le lendemain, je suis allé acheter de la cordelette.
A partir de ce jour, j’ai attaché mes cannes au ponton : bien m’en a pris parce que j’ai dû plusieurs fois m’en remettre à ce lien sauveur pour récupérer mes cannes « parties à l’horizontale » !
Je me suis alors souvenu de mon « livre de chevet » préféré : « la pêche et les poissons de rivière » par Michel Duborgel.
Il recommandait avec insistance : « surtout, attachez bien vos cannes à fond pour la pêche à la carpe : leurs « départs » sont redoutables !J’ai eu une petite pensée pour ce « maitre à pêcher » et son livre que je consulte encore régulièrement !


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