Y-a-t-il jamais eu sur terre un seul pêcheur qui soit parti avec son matériel sans se poser la question : « le temps qu’il fait aujourd’hui, c’est bon ou c’est pas bon pour la pêche ? » En ce qui me concerne, depuis l’âge de 20 ans, à chaque retour de pêche, j’ai noté sur un carnet le lieu de pêche, les appâts, les horaires et, bien entendu, ce que j’ai attrapé. Pendant des années, j’ai aussi mis quelques annotations sur les conditions météorologiques du jour, du genre : « beau soleil, petit vent frais du nord, … ».
J’espérais « qu’à la longue », j’en obtiendrai une espèce d’analyse statistique qui me permettrait de prévoir si « ça allait mordre ou pas ? » : j’étais déjà dans « l’intelligence artificielle » avant qu’elle ne prenne la maitrise de nos vies à chacun d’entre nous !
A travers les années, j’ai toujours continué à remplir mes carnets mais j’ai cessé de noter quoi que ce soit sur le temps qu’il faisait parce que je n’y ai finalement pas trouvé grand intérêt. Certes, j’ai vite compris qu’entre Novembre et Mai, il était inutile de s’en prendre aux « poissons blancs ». J’ai aussi constaté que pendant les « mois chauds », « ça mord » plus ou moins bien d’un jour à l’autre sans que l’on puisse prévoir grand-chose ! Ce qui est évident, c’est que le vent est toujours très défavorable au pêcheur. Les meilleures journées de pêche sont chaudes et sans un souffle de vent. Elles peuvent être orageuses mais ça n’est pas très flagrant. Il est vrai que dans la Saône et dans la Seine, mes plus belles pêches de gardons se sont produites après de bonnes pluies avec un début de crue. Avec les années je pense qu’il s’agit plus que d’une coïncidence. Je recherche donc de préférence les lendemains d’épisodes pluvieux.
Inversement, j’ai vécu dans l’Hérault une journée où les mulets chassaient les ablettes et mordaient furieusement alors que rien de particulier ne paraissait le justifier. Tout au plus, un vent du Nord assez soutenu pouvait être noté.
Ce qui est sûr, c’est que quand ça ne marche pas fort, on trouve toujours de bonnes raisons pour l’expliquer sans bien savoir ce qu’elles valent : l’air du temps, la pollution ou la drôle de tête que faisait ma voisine ce matin en ouvrant ses volets !
J’ai quand même vécu une « pêche miraculeuse », certes de courte durée, mais tellement exceptionnelle ! Cela s’est passé dans la « Scarpe Canalisée » entre Arras et Douai. Je taquinais mollement le gardon au blé cuit, un dimanche après-midi sans grande réussite. En quelques minutes, le ciel s’est obscurci presque comme si la nuit tombait ! Brusquement je me suis mis à sortir de beaux gardons, comme la main, les uns derrière les autres ! Vers mon douzième ou treizième, un gros orage a craqué avec de très fortes rafales de vent. Ca a duré une dizaine de minutes puis le ciel s’est éclairci et la lumière est revenue. Par contre, je n’ai plus attrapé un seul gardon dans l’heure qui a suivi ! Je me suis souvenu de ma maman, native d’Annecy où tout tourne autour du lac. Elle m’avait appris : « quand le temps est orageux, c’est bon pour la pêche ». Elle appréciait mes fritures d’ablettes au point de les servir, de préférence, le dimanche à midi en entrée du repas familial !

